Regroupement de deux prières canoniques en situation de résidence
Est-il permis de regrouper deux prières prescrites alors qu'on est en situation de résidence ?
Par le nom de Dieu le Tout-Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Que la bénédiction et le salut de Dieu soient sur le plus noble d'entre les Prophètes et les Envoyés notre maître Muhammad, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons.
Il est une question qui devient de plus en plus fréquente : Est-il permis de regrouper deux prières prescrites alors qu'on est en situation de résidence ?
Avant d'y répondre, j'aimerais rappeler une caractéristique que Dieu a conférée à l'homme, le distinguant ainsi des autres créatures. C'est la liberté totale et parfaite à laquelle l'homme ne cesse d'aspirer et qu'il cherche continuellement à réaliser. Participe de cette liberté à laquelle l'homme tient tant la liberté de culte qui découle des concomitants de son dogme. Le musulman ne fait pas exception à cette règle. Lui aussi désire la liberté qui permet à l'individu de disposer sans opposition aucune de sa personne et de ses affaires. Et il n'appartient à aucune créature en ce monde d'empêcher quelqu'un de s'acquitter de sa prière ; ce serait un acte blâmable qu'il faudrait absolument interdire. Le Noble Coran blâme les gens qui interdisent la prière à autrui :
« As-tu vu celui qui empêche un serviteur [de Dieu] d'accomplir sa prière ? » (Sourate 96 : 9-10)
Nous disons cependant qu'en cas de nécessité et de difficulté extrême :
La divergence des jurisconsultes
Si les fuqahâ (jurisconsultes) sont unanimes à dire que l'on peut regrouper les prières du Dhuhr (midi) et du 'Asr (après-midi) à 'Arafa et le Maghrib (coucher) et le 'Ishâ' (soir) à Muzdalifa, ils divergent sur la question de regrouper deux prières prescrites lorsqu'on est en situation de résidence.
Le désaccord des fuqahâ découle de l'interprétation qu'ils font du hadîth d'Ibn 'Abbâs :
« Le Prophète ﷺ fit ensemble les prières de midi et de l'après-midi, puis celles du coucher du soleil et de la nuit ; en l'absence de motifs telles que la peur ou la pluie. »
Dans une variante :
« Cela à Médine, et en l'absence de motifs telles que la peur ou la pluie. »
On demanda à Ibn 'Abbâs : « Quelle était son intention ? » — Il répondit : « Il ne voulait pas mettre sa Communauté dans la gêne et l'embarras. »
Selon une autre version : « Il voulait rendre les choses faciles pour sa Communauté. »
Les différentes interprétations
Les fuqahâ ont donné de ce hadîth des interprétations différentes :
Un groupe dit que le regroupement est causé par la pluie (avis de l'imam Mâlik dans le Muwatta'), réfuté par la version mentionnant « sans peur ni pluie ».
Un autre dit que l'on peut faire un regroupement formel (sûrî) : retarder la première prière et avancer la seconde. Cela aussi est rejeté, car le mot « regroupement » n'aurait alors plus son sens coutumier.
Rapport de Muslim : 'Abd Allâh Ibn Shaqîq raconte :
« Un jour, Ibn 'Abbâs nous fit un sermon après la prière du 'Asr jusqu'au coucher du soleil. Un homme des Beni Tamîm l'interpella : "La prière !" Ibn 'Abbâs répondit : "Tu veux m'apprendre la Sunna ? Puisse ta mère te perdre ! J'ai vu l'Envoyé de Dieu regrouper les prières du Dhuhr et du 'Asr, et celles du Maghrib et du 'Ishâ'." »
Il ajouta : « Troublé, je consultai Abû Hurayra, qui confirma ses propos. »
Ibn Taymiyya commente : « Le regroupement formel étant bien connu, il n'aurait pas troublé Ibn Shaqîq. Il ne se serait pas tourné vers Abû Hurayra s'il ne s'agissait que de cela. » Il autorise donc le regroupement réel.
L'avis adopté
Un autre groupe prend le hadîth au sens apparent : regroupement autorisé en résidence. Cela est rapporté de Ibn 'Abbâs, Abû Hurayra, les Ahl al-Bayt, certains zaydites, Ibn Sîrîn et des juristes mâlikites, shâfi'ites, hanbalites.
Ce dernier avis est, selon nous, le plus convenable et conforme à l'esprit de la Sharî'a. En Occident, les horaires sont très contraignants : journées très courtes en hiver, ou intervalle très long entre Maghrib et 'Ishâ' en été. Il est donc préférable d'adopter cette position pour éviter l'abandon de la prière.
Comme le dit al-Shâtibî : « Le muftî doit considérer les conséquences avant de répondre aux questions. »
Appuis et validations
Cette fatwâ est validée par le Conseil européen des recherches et de l'Iftâ'.
Sheikh Al-Albânî (dans As-Silsila As-Sahîha, n°2837) dit :
« C'est un texte établissant le regroupement réel. Lever la gêne signifie lever le péché. »
Il ajoute :
« Le regroupement n'est permis qu'en cas de gêne, ce qui varie selon les individus et leurs situations. »
Sheikh Ibn 'Uthaymîn dit également :
« Lorsqu'un musulman a du mal à accomplir ses prières à l'heure, il lui est permis de regrouper. Dans l'école hanbalite, cela est bien connu. »
Et Dieu sait mieux.
Rédigé par : Professeur Omar Dourmane Fonction : Président de France Fatwa
4 juin 2025 · Professeur Omar Dourmane
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